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Le Blog du SE-Unsa 87

Compte-rendu de l'audience avec le Recteur de Bordeaux sur la fusion des académies

23 Juin 2018 , Rédigé par SE-UNSA 87 Publié dans #Actualités

Mercredi 20 juin, une délégation fédérale de l'UNSA Education a été reçue par le Recteur de Bordeaux, le Recteur Dugrip, co-auteur du rapport Veil qui préconise la fusion des académies et donc de fait la disparition de l'académie de Limoges.

Notre délégation était composée de collègues bordelais, poitevins et limousins. 

Le Recteur était seul à nous recevoir pour évoquer la fusion éventuelle des académies.

Dès le début de l'audience, il a indiqué son embarras précisant qu'il n'avait rien à nous dire sur une future organisation. Comme nous, il attend les arbitrages du ministre sur le rapport Veil. Il a toutefois précisé que les orientations du rapport seraient validées en grande majorité. Au fur et à mesure des échanges, il a été plus clair quant à ses intentions. Il souhaite clairement le renforcement de l'échelon régional (nouvelle région). Il précise qu'un échelon unique de décision doit subsister pour une unité de la politique éducative sur la région académique. 

Le Recteur Dugrip a aussi expliqué qu'il allait rechercher la mise en place d'une gestion de proximité. A ce titre, il a confirmé que les rectorats de Poitiers et Limoges ne seraient pas fermés. Cependant, il a ajouté attendre les arbitrages du ministre et a précisé ne pas comprendre les inquiétudes.

Nous sommes intervenus pour indiquer que le Ministre s'était rendu en Creuse le samedi 19 mai pour inaugurer une école. Au cours de ce déplacement, il avait déclaré aux médias que l'académie de Limoges allait disparaître conformément aux indications du rapport. Ce sont bien ces déclarations qui ont légitimé de fortes inquiétudes déjà présentes suite à la parution du rapport Veil. Nous avons donc clairement mis en avant nos arguments et nos craintes quant à la suppression de l'académie de Limoges. Nous avons expliqué le légitime sentiment de déclassement, mis en avant les 4 000 signatures de la pétition, le travail mené par l'interfédérale depuis plusieurs semaines. Nous avons dit au Recteur que nous ne percevions pas la plus-value d'une réorganisation pour nos collègues et pour nos enfants.

Le Recteur a répondu que l'administration devait construire un modèle pour 2050 et que celui-ci, datant de 1960 n'était plus adapté au "nouveau monde". Pour lui, les règles actuelles n'assurent plus l'équité et l'universalité du service public. Il ajoute que Limoges est hors-jeu des centres de décision et qu'une fusion lui permettra de ramener Limoges et les trois départements dans le jeu. Il a cité des décisions pour lesquelles il était le seul décisionnaire. Pour autant ces exemples étaient peu opérants et concrets. Nous n'avons pas été convaincus.

Nous avons fait remarquer que depuis 2015, les trois recteurs avaient su s'entendre pour travailler ensemble. Le Recteur Dugrip a répondu qu'il ne souhaitait pas que le bon fonctionnement de l'Education nationale repose sur la bonne entente entre trois Recteurs. Il souhaite que le Recteur de Région puisse avoir un poids similaire au Préfet de Région, au Président de Région, aux directeurs régionaux des autres services de l'Etat.

Pour nous, le jeu n'en vaut pas la chandelle. En effet, nous avons précisé qu'en éloignant les centres de décisions des territoires, la proximité souhaitée ne serait pas au rendez-vous. Pire, les spécificités de nos territoires seraient peu identifiées et reconnues. Sans un interlocuteur de niveau recteur, qui sera le relais des territoires, des remontées syndicales, des remontées des associations du monde éducatif, des remontées des parents d'élève?

Le Recteur a expliqué que la politique publique de l'Education devait se mettre en place à l'échelle régionale sinon cela amplifierait le décrochage de nos territoires. Il a précisé que nos positions et propositions allaient accentuer les inégalités. A ce titre, il souhaite moderniser notre mode de pilotage. Nous lui avons demandé d'être concret dans sa volonté de gestion de proximité, quand le rapport met en avant des mesures qui vont dans le sens contraire (disparition des académies, fusion de DSDEN, suppression de circonscriptions). Il ne nous a pas donné de réponses concrètes sur ce point. C'est bien dommage car il s'agit bien là d'une des problématiques. 

Nous sommes aussi intervenus pour préciser que nous n'étions pas dupes. Les services du rectorat seront épargnés pour quelques années mais à terme, nous n'avons pas de garantie. Le Recteur n'a pas répondu sur ce point. Il a simplement garanti que les services resteraient à Poitiers et Limoges avec d'éventuelles réorganisations. Nous avons aussi évoqué la perte d'influence de notre ville et le sentiment de déclassement ressenti et objectif de nos concitoyens. La disparition de l'académie n'est pas uniquement une problématique du monde éducatif. Elle concerne bien tous les habitants de nos trois départements.

Nous avons beaucoup insisté sur l'éloignement géographique et sur la nécessité d'une gestion humaine et proche du terrain. L'éloignement est un fait que nul ne peut contester. Il faudra bien plus de temps pour se rendre au Rectorat de Bordeaux qu'à celui de Limoges. Le Recteur s'est voulu rassurant en indiquant que pour lui, il y aurait un interlocuteur qui aura les compétences pour prendre les décisions attendues. S'agira-t-il d'un IA aux pouvoirs renforcés, d'un vice Recteur? Le Recteur Dugrip n'a pas encore d'idée sur la question. Il semble ne pas avoir arrêté de décision et sera dans un dialogue pour préparer le changement. Il considère que le système actuel n'est pas pertinent voir désuet. Nous lui indiquons notre désaccord profond sur ce point.

Il a aussi précisé que pour lui, la gestion des moyens (enseignants ou personnels administratifs) ne pourrait être qu'académique et donc gérée depuis Bordeaux. Concrètement, c'est la confirmation de nos craintes. Les spécificités rurales de nos départements seront-elles prises en compte depuis Bordeaux? Défendre une formation sur Bellac, Aubusson sera plus délicat depuis Bordeaux que depuis Limoges. La distance est un frein réel.

La gestions des moyens enseignants se fera aussi pour 12 départements. Nos départements seront donc noyés dans la masse. Nous craignons de fortes pertes de postes pour la Creuse et la Corrèze dont les taux d'encadrement sont nettement supérieurs à ceux des départements ruraux de l'académie de Bordeaux.

De plus, le Recteur a aussi évoqué un recrutement dans le 1er degré au niveau grande académie. Sans être précis, il a indiqué ne pas souhaiter revenir sur les périmètres actuels d'affectation des enseignants du second degré.

Au final, l'entretien s'est conclu après 1h30 de discussion. Nous n'avons été ni rassurés ni convaincus par les propos du Recteur Dugrip.

Nous vous invitons donc à nous rejoindre mercredi 27 juin à 17h devant le Rectorat de Limoges pour dire non à la disparition de notre académie.

Thibault BERGERON, pour l'UNSA Education

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